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Idées Archéo : Jeu antique « pair impair »

Est etiam par sit numerus qui dicat an impar
Vt diuinatas auferat augur opes.

« II y a aussi le jeu où l’on doit dire si le nombre est pair ou impair, pour que l’augure remporte les richesses qu’il a devinées. »

Ce jeu de hasard, qui porte à peu près le même nom chez tous les peuples, est sans doute un des premiers que l’homme ait imaginés. Les Grecs disaient jouer à pair (αρτιάζω) – Platon, Aristophane et Aristote le mentionnent – et les Romains à pair impair (par impar ludere) – Ovide en parle. Et on le retrouve sous le nom de « pair ou non » chez Rabelais en 1534.

Le Jeu de Pair-Impair pouvait se jouer avec toutes sortes de petits objets : cailloux, osselets, coquillages, mais aussi comme le précise Pollux (IX,101) : fèves, noix, mandes ou mêmes pièces de monnaie, ou bien encore avec des billes, des jetons… Le nombre peut varier en fonction de la taille de la main des joueurs.

Préparation du jeu :

Répartir les jetons de manière équivalente entre les deux joueurs. Les deux joueurs se tiennent face à face.

Déroulement du jeu :

On décide ou on tire au sort le joueur qui commence. Dans son poing fermé, ce joueur tient un certain nombre de jetons. Il cache les autres jetons dans sa poche.

Le joueur pose la question : « Pair ou impair ? »

Son adversaire doit deviner s’il en cache un nombre pair ou impair. S’il devine, il gagne les jetons, dans le cas contraire il perd autant de jetons.

Le gagnant

Le dernier joueur à qui il reste des noix remporte la partie.

Un peu d’histoire

En grandissant, les jeunes garçons ne perdaient naturellement pas le goût de ces petits jeux de hasard. S’ils passaient la plus grande partie du jour dans les écoles et dans les gymnases, ils se plaisaient encore à tenter la fortune, aussitôt que leurs exercices ou leurs travaux leur laissaient quelques instants de loisir.

Platon, dans le Lysis (Ed. Bekker, I, p. 115), a tracé une scène de la vie des jeunes Athéniens. C’était le jour de la fête d’Hermès ; « lorsque nous entrâmes dans la palestre, dit-il, les cérémonies étaient près d’être terminées et les enfants qui venaient d’offrir les sacrifices s’amusaient dans leurs habits de fête à jouer aux osselets. Le plus grand nombre s’amusait au dehors dans la cour ; quelques-uns, dans un angle de l’Apodyterium* jouaient pair ou impair avec de nombreux osselets qu’ils prenaient dans des corbeilles d’autres faisaient cercle autour d’eux et regardaient. »

Mais si les osselets, les amandes, les fèves ou les noix suffisent au jeune âge, il faut aux débauchés, ou aux esclaves non moins vicieux que leurs maîtres, un enjeu de plus de valeur. On se servait dans ce cas de pièces de monnaie et la perte était plus ou moins considérable selon qu’on jouait avec des oboles, des drachmes ou des statères.

Dans le Plutus d’Aristophane (816), Carion, l’esclave de Chrémyle, nous fait l’énumération des richesses qui viennent de fondre sur la maison et nous dépeint la grande chère qu’on y mène « Nous autres serviteurs, dit-il, nous jouons à pair ou non avec des statères d’or. » La statère d’or valait un peu moins que 3 euros ; on voit que la perte pouvait facilement devenir assez forte.

Il était un autre jeu presque semblable, qui consistait à deviner, non pas si les osselets que l’adversaire tenait dans sa main étaient en nombre pair ou impair, mais quel en était le, nombre. Aristophane (Plut.1055) y fait allusion, dans la scène entre le jeune homme et la vieille femme « Veux-tu un instant jouer avec moi ? A quel jeu ? A combien tu as de dents. Je saurai bien le dire aussi, s’écrie Chrémyle elle en a trois ou peut-être quatre. Paye, reprend le jeune homme ; elle n’a qu’une grosse molaire. »

Chez les Romains, le jeu de pair ou impair, quoiqu’assez répandu, n’était pas au nombre de ceux qu’affectionnaient les véritables joueurs. « Petit jeu, dit dédaigneusement Martial (XIV,xviii), que celui des noix et peu dangereux. » Aussi le laissait-on aux enfants. C’était volontiers avec des noix, en effet, que ceux-ci jouaient à pair ou impair.

*L’apodyterium (du grec ancien : ἀποδυτήριον, « déshabilloir »), ou apoditerium, est la pièce la plus richement décorée des thermes romains car c’est un passage obligé, première étape du parcours de l’utilisateur dans le circuit thermal.

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