Le mariage chez les Romains

Le mariage dans la Rome antique n’était pas seulement une union personnelle : c’était un rituel soigneusement orchestré, riche en symboles, qui unissait deux familles, stabilisait la société et précisait le statut de la femme.


L’institution du mariage

Le mariage romain, ou justum matrimonium, était un contrat civil entre citoyens romains, fondé sur le conubium (droit légal de se marier) et le consentement des deux parties. Il visait surtout à créer des alliances familiales solides et à perpétuer la lignée.

Sépulcre romain représentant une scène nuptiale, avec des personnages en toges et des symboles de mariage.
A. DAGLI ORTI / Getty Images

La fiançailles (sponsalia) : promesse publique

Les fiançailles comportaient un accord oral ou formel entre le marié et le père de la future épouse, souvent accompagné de cadeaux comme une bague portée à l’annulaire gauche, une tradition encore vivante aujourd’hui. Recevoir une bague et échanger un baiser symbolisaient l’engagement.

Le choix de la date : entre superstition et symbole

Les Romains évitaient certaines périodes jugées propices aux mauvais présages (notamment février et mai), tandis que juin, associé à la déesse Junon, était préféré.

Tenue et symboles portés par la mariée

La mariée portait une tunique blanche (tunica recta), tissée symboliquement par elle-même, retenue par le « nœud d’Hercule », que seul l’époux devait défaire. Sa coiffure, appelée sex crines, était soigneusement arrangée en six mèches retenues par une épingle triangulaire (tutulus), coiffée d’un voile jaune ou rouge (flammeum), censé éloigner les mauvais esprits.

La cérémonie : gestes rituels et symboles

La mariée était escortée vers la maison du mari (domum deductio), suivie par une procession rituelle accompagnée de torches symbolisant l’autorité paternelle. Le geste de dextrarum iunctio, ou poignée de mains nuptiale, exprimait la concorde et la future union. Le seuil était souvent frotté avec des graisses ou décoré pour chasser les mauvais esprits, et il devenait courant que le mari porte sa femme pour éviter qu’elle ne trébuche, présage de mauvais augure.

Repas, épreuves et post-rituels

La cérémonie était généralement suivie d’un grand festin, soit chez la famille de la mariée, soit chez le marié. La nuit suivante (repotia) inaugurait la vie commune et la consommation du mariage, marquant la fidélité juridique, bien que l’amour romantique ait été rare  .

Mariages patriciens : la confarreatio

Chez les patriciens, la cérémonie de confarreatio, élaborée et religieuse, était réservée à certaines conditions (ex. pour les descendants des flamines). Elle se faisait sous l’égide du pontifex maximus, avec partage d’un pain de froment (far), dix témoins, et transfère formel de l’autorité (manus) du père au mari.

Le divorce et la flexibilité juridique

Le mariage n’étant qu’une déclaration d’intention (affectio maritalis), le divorce était tout aussi simple : une déclaration verbale devant témoins suffisait. La femme pouvait récupérer sa dot si elle n’était pas accusée d’adultère.

Une aide divine pour le couple en crise

Les Romains pouvaient se tourner vers la déesse Viriplaca, « celle qui adoucit les maris », dans des situations de conflit conjugal pour trouver une conciliation.

Qui est Viriplaca ?

Le nom de Viriplaca signifie littéralement « celle qui adoucit l’homme » (vir = homme, mari ; placare = apaiser, calmer). Elle est une épithète de Junon, la grande déesse protectrice des femmes, des mariages et des naissances.
Viriplaca personnifiait donc une fonction particulière de Junon : celle qui aide à rétablir l’harmonie dans le couple.

Son sanctuaire

Selon les sources (notamment Valerius Maximus et Festus), Viriplaca avait un petit sanctuaire (aedicula) situé sur le mont Palatin, l’une des collines de Rome. C’était un lieu de recours pour les épouses insatisfaites ou maltraitées.
Une femme en conflit avec son mari pouvait s’y rendre, exposer ses griefs à la déesse, parfois en écrivant ou en prononçant ses doléances.
Ce rituel permettait d’obtenir un apaisement émotionnel et, espérait-on, une réconciliation avec l’époux.

Fonction et symbolique

Viriplaca n’était pas une déesse majeure, mais son existence montre :

  • la place centrale du mariage dans la société romaine, qui devait être stable pour garantir l’ordre social ;
  • la dimension religieuse de la vie privée, où même les disputes conjugales pouvaient être confiées aux dieux ;
  • une forme de reconnaissance de la souffrance féminine, même si la société romaine restait patriarcale.

Sources antiques

  • Valerius Maximus, Faits et dits mémorables (II, 1, 6), mentionne la fonction apaisante de Viriplaca.
  • Festus, grammairien latin (IIᵉ siècle), explique son nom et son rôle.

Bibliographie

  • Durry, Marcel. Le mariage des filles impubères à Rome. Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1955, 99ᵉ année, N. 1, pp. 84-91. Persée
  • Picot, Charles. Du mariage romain, chrétien et français considéré sous le rapport de l’histoire. Hachette BNF, 2017. Eyrolles+1
  • Glasson, Ernest Désiré. Du consentement des époux au mariage : d’après le droit romain, le canonique et l’ancien droit français. Hachette BNF, original 1866 (réédition). Fnac
  • Laplante, Benoît. « L’union libre, le mariage romain et le mariage chrétien ». Enfances, Familles, Générations, n° 15, 2011, pp. 110-130. ResearchGate+1
  • Arnette, Maurice. Des donations entre époux pendant le mariage en droit romain et en droit français. Thèse / écrit académique, Paris, 1893. HathiTrust
  • Pietri, Charles. « Le mariage chrétien à Rome (IVᵉ-Vᵉ siècles) ». In Histoire vécue du peuple chrétien (dir. J. Delumeau), Toulouse, 1979; repris dans Publications de l’École Française de Rome, 1997, Monographie 234, pp. 1543-1569. Persée

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Archeostudia

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture