Le traitement des cheveux chez les Romains
Chez les Romains, la coiffure était bien plus qu’un simple souci esthétique : elle symbolisait le statut social, la vertu, et même la moralité. À travers une alliage étonnant de rituels, d’accessoires, et de soins capillaires parfois insolites, les cheveux racontaient une véritable histoire culturelle.
Pourquoi les cheveux comptaient-ils autant ?
Les coiffures reflétaient le statut, le genre, l’âge, mais aussi les codes moraux. Pour les femmes, consacrer du temps à la coiffure était une manière de soigner son apparence (le cultus), et se coiffer devenait un acte civilisé face à la « sordidité » d’un corps négligé.
Les coiffures servaient également à marquer des étapes de la vie : les jeunes filles laissaient souvent leurs cheveux détachés, tandis que les femmes mariées portaient styles tressés et coiffures élaborées ; lors de funérailles, les cheveux lâchés symbolisaient le deuil.
Techniques de soins et colorations capillaires
Coloration et entretien
- Les teintures naturelles étaient nombreuses : citron, camomille, safran, henné, huiles et même fientes de pigeon étaient utilisés pour éclaircir ou modifier la teinte naturelle des cheveux.
- Pour foncer les cheveux, on utilisait des méthodes plus surprenantes : sangsues fermentées dans du vin et du vinaigre, plomb, éclats de noix brûlés, même laïs, selon Pline l’Ancien.
- Pour cacher les cheveux grisonnants, un mélange d’herbes et de (oui, vraiment) de vers de terre était appliqué la nuit.

Accessoires, coiffures et perruques
Accessoires & pratiques symboliques
- Les vittae, bandelettes en laine, servaient à attacher la chevelure des Vestales et des épouses, symbolisant leur pureté ou statut matrimonial.
- Les voiles comme le palla ou reticulum protégeaient ou encadraient la coiffure, particulièrement pour les femmes mariées ou de haut rang.
Perruques et remplissages
Les Romains utilisaient des perruques (capillamentum pour perruque complète, galerus pour demi-perruque ou support) faites de cheveux humains, notamment blonds de Germanie et noirs d’Inde, qu’on cousait ou collait sur la tête.
Elles permettaient des coiffures spectaculaires, volumineuses et rapides à réaliser


Coiffeurs professionnels
Les ornatrices (pour les femmes) réalisaient des coiffures complexes : tresses, boucles, chignons sophistiqués étaient retenus grâce à peignes, épingles en os, ivoire, or, cristal… fabriqués par des artisans spécialisés : les tabletiers.
Quelques styles emblématiques
- Tutusuls : coiffure conique ancestrale portée par la materfamilias, nouée avec des bandelettes pour former un chignon haut.
- Nodus : style auguste républicain avec un nœud à l’arrière et une boucle frontale, adopté par Livia et Octavia.
- Flavienne et Antonine : périodes durant lesquelles les coiffures se complexifiaient, chignons volumineux, boucles élaborées, brins sculptés et enroulés sur le crâne.
Produits capillaires maison
Quelques remèdes de Pline l’Ancien ou autres sources peuvent sembler extrêmes :
- Pommade contre la calvitie à base de soude, infusion de pin, safran, poivre, vinaigre, avec… des excréments de souris !
- Contre la chute des cheveux, usage d’urine de taureau, vésicule biliaire de truie, ou cendres de bois de cervidé mélangées au vin.
Bibliographie & sources
- Roman Haircare – Corinium Museum
(Perruques, soins, outils et symboles capillaires dans la Rome antique) https://coriniummuseum.org/2016/07/roman-haircare/ - La Toge et le Glaive – “Calvitie : la chute capillaire de l’Empire”
(Remèdes et recettes capillaires de Pline l’Ancien et autres auteurs)
https://latogeetleglaive.blogspot.com/2014/11/calvitie-la-chute-capillaire-de-lempire.html - Vittae – bandelettes rituelles et coiffures féminines – Wikipedia (en anglais)
https://en.wikipedia.org/wiki/Vittae - Les Femmes Romaines – Dossier pédagogique (Académie de Bordeaux
(Statut, toilette, et rôle du cultus dans la société romaine)
https://webetab.ac-bordeaux.fr/college-jean-moulin-bouscat/fileadmin/0333108Z/fichiers_publics/Latin-Grec/LES_FEMMES_ROMAINES.pdf



