Aller au contenu principal

Le savon durant l’Antiquité

L’article comporte quelques éléments en plus 😉

Nous utilisons tous du savon. En France, nous consommons en moyenne 3,3 kilos par seconde, soit environ 104 000 tonnes par an. Mais savez-vous d’où vient le savon ?

Son histoire commence durant l’Antiquité…

Les Sumériens et les Egyptiens

Aux environs de 2500 avant notre ère, les Sumérien utilisaient une pâte savonneuse à base de graisse et de carbonate de sodium. Des cylindres d’argile ayant appartenu au roi Gudea (roi sumérien de 2141 à 2122 av. J. -C.) ont été retrouvés au XIXe siècle. L’un d’eux donne la description du rituel d’un festival annuel s’étendant sur sept jours. Et c’est dans cette description une phrase d’identifier une préparation proche du savon que nous connaissons.

En Égypte, le papyrus Ebers* (1550 av. J.-C.) évoque la saponification et l’utilisation d’une substance semblable au savon pour un usage pharmaceutique. Cette substance était obtenue par un mélange de graisses animales (oie) ou végétales avec du sulfate de plomb (extraits de galène) ou de carbonate de sodium, sous la forme de natron extrait des bords du Nil. La pâte que l’on nomme Trona, était probablement toxique lorsqu’elle utilisait du sulfate de plomb. Elle était mise à reposer une journée avant d’être appliquée sur les yeux.

Cylindres de Gudea
Vers 2120 avant J.-C.
Tello, ancienne Girsu
Terre cuite moulée
H. : 56,50 cm. ; D. : 33 cm.
© 2006 RMN / Franck Raux

D’autres papyrus mentionnent également qu’une substance similaire était utilisée dans la préparation de la laine pour le tissage.

Pour l’hygiène corporelle quotidienne, les Égyptiens se frottaient avec du natron hydraté.

Dépôt de Natron

*Le papyrus d’Ebers

Découvert en 1862 par Edwin Smith à Louxor (en Égypte), il a été vendu à l’égyptologue allemand Georg Moritz Ebers, à qui il doit son nom et sa première traduction.

Actuellement conservé à la bibliothèque de l’université de Leipzig, ce traité médical, datant de 1500 avant J.-C. et réalisé sous le règne d’Amenhotep 1er, est un des plus longs de l’Antiquité égyptienne, avec plus de 20 mètres de longueur pour une largeur d’environ 30 centimètres et un total de 877 paragraphes. De nombreuses maladies y sont décrites, et ce dans plusieurs branches de la médecine (ophtalmologie, gastro-entérologie, gynécologie…), ainsi que les remèdes correspondants.

Les Romains et les Gallo-Romains

Dans son usage moderne, pour la toilette, le savon est inconnu. Il le sera d’ailleurs jusqu’au IVe siècle. À la sortie des bains, les Romains utilisaient le strigile*.

Le strigile est utilisé pour éliminer sueur, huile, cendre et poussière qui se déposent sur le corps. Il s’agit d’une lame métallique plate ou concave, toujours incurvée afin d’épouser les formes humaines. Ils sont utilisés dans les nombreux thermes publics et privés, qui sont bien plus qu’un établissement de bains : on s’y rencontre pour bavarder, on y tient salon, on y discute des affaires, on complote aussi. On se fait laver, raser, on s’exerce au sport, on y écoute des orateurs.



Nécessaire de bain : strigiles, patère de bain et aryballe (Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d’Archéologie nationale)

On retrouve chez plusieurs auteurs une évocation de la toilette sans utilisation du savon. Ovide (43 av. J.-C. – 18 apr. J.-C.) s’adresse aux hommes dans l’art d’aimer (Ars amatoria, I, 515-524) :

« Qu’une coupe maladroite n’enlaidisse pas et ne hérisse pas ta chevelure ; que tes cheveux, que ta barbe soient taillés par une main experte, que tes ongles soient bien coupés et propres, qu’aucun poil ne se dresse dans les narines ; qu’une haleine désagréable ne sorte pas d’une bouche malodorante, et que l’odeur du mâle, père du troupeau, ne blesse pas les narines. Tout le reste, abandonne-le soit aux jeunes filles lascives, soit aux hommes qui, contre nature, cherchent l’amour d’un homme. »

Ovide, Ars Amatoria, I, 515-524

Sénèque, quant à lui, dans les Lettres à Lucilius (XI, 86, 11-12) parle de Scipion l’Africain dans ces termes :

« Il venait laver sa sueur, non ses parfums. (…) Et si l’on savait le pire ! Il ne prenait pas son bain tous les jours. Au témoignage de ceux qui ont rapporté les us et coutumes de l’ancienne Rome, on se lavait chaque jour les bras et les jambes, tout bonnement, en raison des souillures contractées dans le travail, on ne prenait un bain complet qu’aux jours de marché. Il est permis que l’on dise : évidemment, ces gens étaient d’une malpropreté sans nom. Quelle était, à ton avis, l’odeur de ces gens-là ? Ils sentaient la guerre, le labeur, ils sentaient l’homme. »

Sénèque, Lettres à Lucilius (XI, 6, 11-12)

Selon Pline, le « savon gallique » était utilisé couramment par les Celtes et les germains qu’ils fabriquaient en quantité à partir de cendres alcalines ou potassiques (cendres de hêtre, de l’herbe à savon), de suif, de saindoux ou d’huiles excédentaires. Il sert surtout, appliqué comme onguent sur les chevelures, pour se teindre les cheveux en roux. Constitué de suif et de cendres ce savon sert de gel et de décolorant à cheveux.

Le sapo, savon, est considéré comme une invention gauloise utilisée pour teindre les cheveux en blond roux. Il est fabriqué à partir de suif et de cendre, le meilleur étant préparé avec du suif de chèvre et des cendres de hêtre. Il en existe deux sortes, sous forme liquide ou compacte ; les Germains connaissent les deux et les hommes l’emploient plus que les femmes.

Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXVIII, 51, 2

« Les boulettes nitreuses des Celtes, qu’on appelle aujourd’hui Gaulois, avec lesquelles ils lavent leur linge, et nommées savon, lavent bien le corps humain ».

Arétée de Cappadoce

L’utilisation du savon est sensiblement différente de celle citée par Pline (usage médical contre les scrofules et usage comme teinture capillaire).

À cette époque, on distinguait déjà deux types de savons :

  • Le savon dur, fabriqué à partir des cendres de plantes maritimes obtenues par lixiviation de l’alcali minéral ou de la soude
  • Le savon mou, fabriqué à partir des cendres de plantes terrestres (obtenues par lixiviation de l’alcali végétal ou de la potasse).

Les Arabes

Les Arabes ajoutent de la cendre de plantes maritimes dans le corps gras. Cela a pour effet de rendre le savon plus dur. Ils ont alors étendue cette industrie sur les côtes méditerranéennes.

Marseille

Au IXe siècle, Marseille saponifie déjà son huile d’olive, à chaud, et produit de façon saisonnière son savon. À la suite des croisades, la fabrication et l’usage du savon végétal se répandent, la cité phocéenne possède des manufactures de savon à partir du XIIe siècle qui utilisent comme matière première l’huile d’olive extraite en Provence la plus proche. Crescas Davin en 1371 fut le premier savonnier marseillais à utiliser la soude. La soude, terme qui à l’époque désigne un carbonate de sodium plus ou moins pur, provient des cendres des plantes des milieux salins, en particulier la salicorne.

L’histoire du savon ne s’arrête pas là, mais ça c’est une autre histoire…

Un commentaire »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :